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Les clichés dans la littérature de fiction

clichés

Les clichés dans l’univers de la fiction, on en parle beaucoup et donc cet article ne vous apprendra peut-être rien de plus que ce que vous savez déjà, pourtant j’apporte ma pierre à l’édifice en espérant que ça pourra en aider certains !

Qu’est-ce qu’un cliché ?
Ici je pourrais également dire stéréotype, voire caricature dans certains cas. Il s’agit d’une caractéristique utilisant des codes tellement repris que ça en devient redondant ou carrément ridicule.
Se servir des codes n’est pas un mal en soi : il permet au lecteur de s’identifier à une situation ou à un personnage, et donc de l’impliquer davantage dans l’histoire en lui faisant ressentir de l’empathie. Là où ça devient un cliché, c’est lorsque ces mêmes codes sont usés jusqu’à la moelle et qu’ils n’ont pas grand intérêt dans le récit, que ce soit par paresse, par manque d’inspiration ou par ignorance. L’ennui pour le lecteur est que s’il perçoit ce qu’il considère comme un stéréotype, son rapport à l’intrigue va changer, il pourrait même s’en désintéresser. N’avez-vous jamais ressenti une profonde lassitude ou de l’agacement devant une scène en vous disant : « Franchement, il n’y avait pas moyen de rendre ça un peu moins cliché ? »
Pour plus de détails, je vous renvoie à la vidéo du Fossoyeur de films qui commence par expliquer la différence entre gimmick et cliché. Même s’il évoque surtout l’univers cinématographique, les explications s’adaptent tout à fait à la littérature de fiction.

Difficile de donner des exemples, car nous n’avons pas tous le même ressenti devant les clichés. Ce qui est horripilant pour les uns ne l’est pas forcément pour les autres. C’est pour cela qu’au lieu de dresser une liste de clichés à éviter absolument, je préfère dévoiler ceux qui, personnellement, m’énervent le plus.

Les élus de la prophétie.
J’avoue que ce genre de procédé scénaristique m’ennuie profondément, surtout qu’à force cela n’a plus rien d’intéressant. En général les élus ne sont pas contents de leur sort, veulent s’en débarrasser et juste vivre une existence banale, ce qui est légitime d’ailleurs. On y retrouve d’éternelles remises en question (« pourquoi moi ? » « serais-je à la hauteur ? ») qui, admettons-le, ne sont plus originales. Et puis, quand le monde est sur le point d’être détruit, pourquoi n’y aurait-il qu’une seule personne capable de le sauver ? À mes yeux ça n’a pas de sens, pire ça devient prévisible.

Les coups de foudre improbables.
Là, je vais être intraitable. Je vois surtout cela dans les romans érotiques et ça a tendance à me sortir par les yeux. Un exemple ? « Machin est un homme égoïste, manipulateur et cruel, mais au charisme si pénétrant que Truc ne peut lui résister. Même si elle le déteste, elle se sent irrémédiablement attirée par lui« . Oui c’est un peu le résumé de Cinquante Nuances de Grey et de beaaaaucoup d’autres récits de ce genre.
Franchement je m’interroge : ça vous excite vraiment un homme qui vous traite mal ? Le physique est-il tellement important que le manque de respect ne vous dérange plus ? Ces intrigues sont dangereuses : j’ai l’impression qu’il est devenu banal d’être attiré sexuellement par une personne qui n’a aucune estime pour vous et qui ne se gêne pas pour vous mettre la pression ou vous maltraiter, tant qu’il est assez beau et assez charismatique. Et bien sûr, dans la majorité des cas, c’est à la femme (oui, on a souvent affaire à des histoires hétéronormées) de découvrir pourquoi l’homme est si odieux et le rendre plus gentil. Car oui, s’il est si méchant c’est parce qu’il a des fêlures, des blessures, des traumatismes. Oui ça peut se comprendre, mais NON rien n’autorise un comportement malsain ou agressif.

Les nerds qui n’ont forcément aucune vie sociale.
Ceux qui ont lu les Cavaliers Nocturnes me diront : « Mais ! Le personnage d’Harvey est comme ça aussi, hérétique ! » Et oui, je plaide coupable, désolé ! On a beau s’appliquer, on peut tomber dans des pièges comme tout le monde, personne n’est immunisé face à ça !
L’exemple le plus flagrant à mes yeux, c’est The Big Bang Theory (une série, oui), où on retrouve des personnages classés nerds et geeks. Forcément, vu qu’ils ont des hobbies « hors du commun » (des physiciens passionnés de comics, d’informatique et de jeux vidéos), ils n’ont évidemment aucune notion de sociabilité et ne savent pas aborder une fille sans se sentir tout flagadas (et sans la voir comme un objet sexuel aussi). bbts9
Cela pourrait passer s’il avait s’agit d’adolescents, mais là on parle bien d’adultes. Et ce cliché perdure encore beaucoup de nos jours, c’est à la limite de l’insulte (hihi t’es un geek, un attardé lol). Par pitié, arrêtez ce cliché ! Pour ma défense, Harvey était un gars timide, mais pas asocial au point de faire dans son slip à chaque fois qu’il adressait la parole à une fille.

Les femmes fortes/fatales.
Qu’on se le dise : je n’ai aucun problème avec les femmes à la forte personnalité ou avec un caractère sulfureux. Ce qui me gêne c’est leur représentation. J’ai l’impression qu’une femme forte = gros flingues, gros mots, grande gueule et éventuellement lesbienne, et que femme fatale = grosse poitrine, voix langoureuse, allumeuse et feu aux fesses. Ai-je vraiment besoin de préciser pourquoi c’est énervant ?

Les jumeaux cachés.
Pour moi c’est l’exemple type de la paresse de l’écrivain qui n’a pas envie de créer un antagoniste complexe.
Quand j’apprends à la fin d’un livre, après des pages d’intense suspense, à établir dix mille théories sur l’identité du tueur/fauteur de troubles, que finalement c’était la faute d’un.e jumeau.elle caché.e, mon intérêt retombe comme un soufflé. Je déteste ces conclusions foireuses. Ne le faites pas, vraiment.

La demoiselle en détresse.
Mais si vous voyez tous de quoi je parle, Disney en est un merveilleux exemple ! Il s’agit d’une situation où la femme, aussi forte soit-elle, aura forcément besoin d’une aide extérieure (de préférence un homme) pour se sortir du pétrin. Meh.4vqvd

Comment éviter les clichés ?
Difficile à faire parfois, parce que notre éducation, notre culture ne sont pas étrangères au fait qu’on accepte certains clichés. Disney s’est bien chargé de nous dire qu’une roturière devait forcément être une princesse pour avoir une condition de vie meilleure, ou que le rêve de toutes les femmes était de trouver un prince charmant, beau et riche s’il vous plaît. La publicité nous bourre le crâne de préjugés sexistes sur les normes des hommes et des femmes, et la littérature n’est évidemment pas épargnée. Ce qui nous semble évident peut en réalité être un stéréotype (les filles jouent à la poupée, les garçons à la guerre par exemple).
Quand vous développez un univers ou un personnage, demandez-vous de façon objective si cela vous plairait de lire cela. Faites une liste des clichés que vous ne supportez plus. Notez ceux que vous détectez devant un film ou dans un livre. Ne tombez pas dans la facilité afin de plaire au plus grand nombre, créez ce qui VOUS plaît avant tout.
Cependant, faut-il absolument éviter les clichés ? Ma réponse va peut-être vous surprendre, mais… non. Des nerds asociaux, ça existe. Des femmes allumeuses, ça existe. Des relations tumultueuses/toxiques, ça existe. Il ne faut pas s’interdire d’écrire ce qu’on aime sous prétexte que ça arrive souvent, le secret c’est de ne pas céder à l’exagération ou la caricature. Vous n’avez pas besoin de souligner la beauté d’une personne en disant à chaque phrase que sa démarche est gracieuse, sa peau nacrée comme une perle, ses yeux charmeurs, ses cheveux voletant avec légèreté et gnagnagna. N’en rajoutez pas, au risque de faire de la surenchère.

Merci d’avoir lu cet article, j’espère qu’il vous a plu et vous a été utile ! N’hésitez pas à partager vos expériences ou à me confier vos pires clichés dans les commentaires 🙂

C.S. Ringer

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7 thoughts on “Les clichés dans la littérature de fiction”

  1. Ouf, mes femmes fortes sont toutes hétéros. Je suis sauvé 🙂
    Blague à part, j’adhère plutôt bien à ce que tu dénonces. Les histoires de prophétie me sortent globalement par les yeux. Je rêve un jour de lire une histoire ou le héros soit disant élu se mange une grosse gamelle et ou on lui explique que son statut n’était juste qu’un attrape nigaud et que le « vrai » sauveur a profité de la diversion pour faire son job.

    Merci de cette mise au point.

    J'aime

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