Articles

Adieu [Nouvelle]

couv-adieu

Cette nouvelle a été écrite dans le cadre du concours Auféminin 2016 qui n’a pas été retenue par le comité de lecture. Le thème que j’ai choisi était « C’était la photo parfaite » avec une limite de 3000 signes. J’espère que vous apprécierez !


Kirkjufell était intemporelle, même des années après. Toujours glorieuse et fière, indomptable et farouche. On aurait pu croire, en comparant la photo et le paysage, que le cliché datait d’une semaine. Montagne aux allures d’église entourée d’une rivière serpentine, cascade soufflant des nuages d’écumes et s’écrasant sur les rochers en contrebas, ciel opalin zébré d’un soleil couchant. L’horizon se teintait d’un voile azuré qui annonçait une nuit paisible et scintillante.

Mercy se souvint de tout face à la majestueuse Kirkjufell, bijou sacré de l’Islande. Elle se rappela la randonnée épuisante qui avait précédé un bonheur inoubliable, gravé à jamais.

Des larmes roulèrent sur ses joues. C’était trop dur de revenir ici et de se remémorer ces instants de joie, mais elle devait le faire. Pour son bien-être. Pour lui.

L’Islande faisait rêver Rayan depuis son enfance. Il parlait de ce pays avec des étincelles dans les yeux et devenait intarissable à son sujet dès lors qu’on l’évoquait, même furtivement.

Rayan avait le cœur poète, l’âme sensible et amoureuse face à la nature sauvage. Un sourire d’ange qu’aucun coup dur ne parvenait à briser. Dans ses bras, Mercy se sentait invulnérable, prête à tout affronter tant que son regard plongeait dans le sien.

Cinq ans auparavant, il l’avait demandé en mariage sur cette colline, quelques secondes après avoir pris la photo que Mercy tenait dans sa main. Le plus beau jour de sa vie.

Mercy enlaça vigoureusement l’urne funéraire et un sanglot secoua ses épaules.

Ce n’était pas juste. Ce n’était pas normal. Personne n’avait le droit de réduire leur bonheur à néant. Mais la mort se fichait bien de cela, elle frappait à sa guise, cruellement.

Depuis, Mercy n’existait que pour respecter les dernières volontés de Rayan. Aujourd’hui était celui des adieux, mais elle refusait de le laisser partir. Ses pleurs résonnèrent dans la vallée, qui parut se figer dans le temps comme pour partager le chagrin de Mercy.

Après une éternité, elle pencha l’urne au-delà de la colline et la poussière tournoya dans les airs, bercée par le vent. Les cendres semblèrent savourer les caresses de la brise et Kirkjufell l’accueilla en son sein en couronnant le ciel d’une aurore boréale. Rayan aurait adoré cela.

Mercy éprouva alors un formidable sentiment de liberté mêlé au chagrin. Rayan était en paix, en parfaite communion avec la nature qu’il chérissait tant.

Mercy serra contre son cœur la photo qu’elle gardera toute sa vie, afin de ne jamais oublier son souvenir. À présent, elle pouvait faire son deuil, aimer un autre, peut-être même fonder une famille. Rayan l’aurait souhaité.

Mercy ressentait sa présence bienfaisante chaque jour et savait qu’importe où il se trouvait, Rayan veillait sur elle. Il ne quittera jamais ses pensées, aussi douloureuse soit son absence.

Mercy versa une dernière larme. Un sourire apaisé étira ses lèvres ; elle aussi était en paix.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s